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Dernière mise à jour
14 juin 2006

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Journal de mission


Laurent Theeten, 27 ans, agronome tropical de formation et photographe, revient d’une mission pour Action contre la Faim en Haïti et travaille actuellement à Jaffna, dans le nord du Sri Lanka, sur un programme de relance économique qui fait suite au Tsunami de décembre dernier mais également au conflit qui a affecté la population de ce district. Laurent envoi chaque semaine une photo, un cliché de la réalité de sa mission pour Action contre la Faim, la vie et le travail des volontaires sur place, le sort des populations etc. Il nous livre par la même occasion, en commentant ce cliché, ses impressions du terrain, son analyse de la situation, du contexte d’intervention d’Action contre la Faim.
Journal du 23/01/2006 | Journal du 07/11/2005 |
Journal du 12/07/2005 | Journal du 03/06/2005 |
Journal du 13/05/2005

Journal du 23 janvier 2006
** Après le tsunami, une nouvelle menace pour Jaffna…

Fin décembre 2005, certaines ONG chargées de la reconstruction des maisons détruites par le tsunami au Nord de Jaffna, remettaient solennellement les clés à plus d’une centaine de familles de pêcheurs résidant jusque là dans des camps. Cet évènement symbolisait, pour une partie d’entre eux, la fin d’une année difficile marquée par le deuil, une situation précaire et un arrêt de leur activité économique. En juin, la remise en cause exceptionnelle de la loi interdisant toute construction à moins de 200 mètres du bord de mer, a permis de trouver une solution aux problèmes des logements et ainsi d’améliorer la situation de Jaffna.

Malheureusement, 2006 ne s’annonce pas clémente. L’instabilité politique, déjà préoccupante fin 2004, ressurgit après une trêve due au tsunami et tend à se dégrader de jour en jour. Depuis quelques semaines, les accrochages entre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) et l’armée Sri Lankaise se multiplient. Les actes de violence sont aujourd’hui quasi quotidien et la population de Jaffna se revoit plongée dans une insécurité proche de celle qu’elle connaissait avant le cesser le feu de 2002.

Cette dégradation inquiète particulièrement les ONG présentes depuis longtemps à Jaffna : ayant souvent travaillé sur des projets post-conflit et s’étant adaptées à la situation d’urgence de 2005, elles misaient sur 2006 pour lancer des projets pérennes de relances économiques pour les personnes touchées par la guerre ou le tsunami. Action contre la Faim a suivi ce processus et se prépare à présent à une possible situation d’urgence, engendrée par des déplacements de population, dans le cas d’un véritable conflit armé dans la péninsule.

 

Journal du 07 Novembre 2005
Un projet simple et efficace

Neelangadu est un petit village de pêcheurs situé sur l'île de Karainagar, proche de Jaffna.

Afin d'étendre l'aide d'Action contre la Faim après la distribution de matériel de pêche effectuée suite au tsunami, un projet d'« assainissement » a été mis en place. Celui-ci vise à répondre aux besoins de la population en eau et en assainissement.

Etant donné le besoin en latrines et l'impossibilité d'avoir de l'eau à moins de 2 km -culturellement, l'eau de mer n'est pas utilisée pour des fins domestiques- les équipes d'Action contre la Faim a en effet déjà construit 5 latrines ayant la particularité de ne pas nécessiter d'eau, d'être sans odeur et de produire du composte pour la vente ou la fertilisation d'une petite parcelle potagère tous les 6 mois.

Lakshmi a 20 ans et est venue se réinstaller à Neelangadu après la fin de la guerre. Sa maison est située aux abords d'un camp militaire installé pendant le conflit. Avoir une latrine devant sa maison lui permet d'espérer environ 35 euros tous les 6 mois de la vente du composte et surtout de ne plus aller dans la forêt et de craindre d'être surprise et harcelée par des hommes en arme.

Ce projet simple mais efficace a depuis séduit de nombreuses ONGs travaillant à la reconstruction des habitations détruites par le tsunami sur la côte de Jaffna.


Journal du 12 Juillet 2005
Rutama : récit d'une vie 5 fois brisée

Rutama, 57 ans, est née dans un petit village au nord de Jaffna. Revendeuse de poissons séchés, elle fait vivre ses 4 enfants et son mari invalide. En 1990, la péninsule de Jaffna est le théâtre de violents conflits entre le LTTE, mouvement indépendantiste tamoul, et l'armée gouvernementale sri lankaise. Lors du bombardement de son village en 1991, la maison de Rutama est totalement détruite.

L'armée gouvernementale contrôle cette région, classée « Zone de Haute Sécurité », et dont la population est déplacée près de Jaffna. Rutama change de ville, et de vie. Elle commence une nouvelle activité professionnelle, tandis que deux de ses quatre enfants décident de s'engager aux côtés du LTTE. Rutama ne les reverra plus, ils seront tués tous les deux au combat..

Profondément affectée, Rutama décide en 1995 de fuir le conflit qui s'étend, et de s'installer avec sa famille à Killinochi dans le sud de la péninsule, plus stable. Elle restera 7 ans dans un camp de déplacés et poursuivra son activité économique qui lui assure de faibles revenus. La situation politique se stabilisant dans la péninsule, Rutama décide en 2002 de repartir dans sa région natale. Les conditions de vie y sont toujours difficiles, mais cette femme reprend son activité, et loue une maison au bord de la mer. Le tsunami de décembre 2004 viendra ruiner cet effort de réinstallation, manquant d'emporter Rutama et son mari.

Aujourd'hui dans un camp de transit, elle est aidée financièrement par le gouvernement sri lankais, mais surtout par ses deux enfants installés en Europe. C'est d'ailleurs pour eux que Rutama garde le sourire, en dépit de la perspective décourageante d'avoir à recommencer sa vie pour la cinquième fois.

Pour Rutama comme pour beaucoup de Sri Lankais, le tsunami n'a fait qu'aggraver une situation déjà fragilisée par la guerre. C'est pour pallier les besoins de ces populations qu'Action contre la Faim démarre actuellement un projet de développement de deux ans.



Journal du 03 Juin 2005
Un difficile et complexe retour à la mer

Le tsunami a affecté les côtes Nord et Est du district de Jaffna, où l'on pratique essentiellement la pêche.
Près de 3 000 bateaux devaient être distribués aux groupements de pêcheurs par les ONG, ceci afin de répondre à leurs besoins et relancer leur activité. En fait seulement 10% de l'équipement leur a effectivement été distribué pour le moment, en raison notamment de difficultés d'approvisionnement sur le marché local, les constructeurs ayant été dépassé par l'ampleur de la demande. Ainsi, jusqu'à ce jour, seuls quelques pêcheurs ont pu reprendre la mer.

Rasalingan (sur la photo) en fait partie. Bien qu'ayant perdu son bateau à moteur, il a recommencé à pêcher, à bord de son embarcation de bois traditionnelle, typique du nord de Sri Lanka. En effet, celle-ci lui suffit à reprendre une activité rémunératrice, l'utilisation d'un bateau moderne ne s'étant pas révélée rentable par le passé. C'est pourquoi il n'a pas cherché, après la catastrophe, à se faire recenser comme sinistré auprès des groupements de pêcheurs.

Cette démarche est singulière, le distinguant de nombreux autres pêcheurs qui ne possédaient pas auparavant leur propre embarcation, et ont cherché à bénéficier de cette manne providentielle offerte par les ONG aux victimes du tsunami. Ainsi Jaffna pourrait avoir à absorber, d'ici quelques mois, près de 30% de bateaux supplémentaires dans sa flotte. Le potentiel impact écologique et économique de cette nouvelle donne est au cœur de la réflexion qui anime Action contre la Faim, à l'heure de définir sa nouvelle stratégie de post-urgence au Sri Lanka. Nous prenons en compte ce surplus de bateaux par exemple en renforçant notre action sur la « filière pêche » dans son ensemble : projets d'amélioration des systèmes de séchage traditionnel, meilleur accès aux marchés, formation sur la réparation de filets etc.



Journal du 13 Mai 2005
Un nouvel enjeu pour les ONG oeuvrant à Jaffna : cerner au mieux les besoins à moyen et long terme des populations touchées par la guerre ou le tsunami en lançant un vaste programme d’enquêtes sur toute la péninsule.

L’aide gouvernementale en nourriture et en argent pour la vingtaine de camps de déplacés de la côte nord de Jaffna est supposée s’arrêter d’ici quelques semaines. De même, la plupart des programmes d’urgence de la quinzaine d’ONG présentes sur le district prend fin entre mai et juin.

Pourtant, il est évident pour tous que le retour de ces milliers de personnes risque d’être encore incertain pour au moins 1 ou 2 ans, les conditions de leur relogement restant en suspens pour des raisons politiques. Afin de pallier aux éventuels besoins à venir, les ONG planifient donc actuellement de nouveaux programme ciblant les personnes touchées par le tsunami sans oublier celles précédemment affectées par les conflits armés.

C’est dans cette optique que depuis mon arrivée, je travaille en collaboration avec Kannan, un ingénieur indien en assainissement. Pour avoir une vision claire de la situation, nous formons ensemble une équipe de 6 jeunes diplômés en agriculture de Jaffna au travail de récolte d’informations sur 4 camps où travaille Action contre la Faim.

La plupart des personnes interviewées sont des pêcheurs qui ont perdu la quasi-totalité de leur matériel de pêche et qui vivent désormais dans des conditions précaires sans savoir s’ils pourront à l’avenir reprendre leur activité où s’ils devront opter pour une autre activité.


>> Visiter le site de Laurent Theeten pour voir ces différents reportages photo
>> Télécharger le dossier de presse « 6 mois après le Tsunami, Action contre la Faim rend des comptes 

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