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| Journal de mission |
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Laurent Theeten, 27 ans,
agronome tropical de formation et photographe,
revient d’une mission pour Action contre la Faim en
Haïti et travaille actuellement à Jaffna, dans le nord
du Sri Lanka, sur un programme de relance économique qui
fait suite au Tsunami de décembre dernier mais également
au conflit qui a affecté la population de ce district.
Laurent envoi chaque semaine une photo, un cliché de la
réalité de sa mission pour Action contre la Faim, la vie
et le travail des volontaires sur place, le sort des
populations etc. Il nous livre par la même occasion, en
commentant ce cliché, ses impressions du terrain, son
analyse de la situation, du contexte d’intervention
d’Action contre la Faim. Journal
du 23/01/2006 | Journal
du 07/11/2005 | Journal
du 12/07/2005 | Journal
du 03/06/2005 | Journal
du 13/05/2005
| Journal du 23
janvier 2006 |
Après le
tsunami, une nouvelle menace pour Jaffna…
Fin décembre 2005, certaines ONG chargées de
la reconstruction des maisons détruites par le
tsunami au Nord de Jaffna, remettaient
solennellement les clés à plus d’une centaine de
familles de pêcheurs résidant jusque là dans des
camps. Cet évènement symbolisait, pour une
partie d’entre eux, la fin d’une année difficile
marquée par le deuil, une situation précaire et
un arrêt de leur activité économique. En juin,
la remise en cause exceptionnelle de la loi
interdisant toute construction à moins de 200
mètres du bord de mer, a permis de trouver une
solution aux problèmes des logements et ainsi
d’améliorer la situation de Jaffna.
Malheureusement, 2006 ne s’annonce pas
clémente. L’instabilité politique, déjà
préoccupante fin 2004, ressurgit après une trêve
due au tsunami et tend à se dégrader de jour en
jour. Depuis quelques semaines, les accrochages
entre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul
(LTTE) et l’armée Sri Lankaise se multiplient.
Les actes de violence sont aujourd’hui quasi
quotidien et la population de Jaffna se revoit
plongée dans une insécurité proche de celle
qu’elle connaissait avant le cesser le feu de
2002.
Cette dégradation inquiète particulièrement
les ONG présentes depuis longtemps à
Jaffna : ayant souvent travaillé sur des
projets post-conflit et s’étant adaptées à la
situation d’urgence de 2005, elles misaient sur
2006 pour lancer des projets pérennes de
relances économiques pour les personnes touchées
par la guerre ou le tsunami. Action contre la
Faim a suivi ce processus et se prépare à
présent à une possible situation d’urgence,
engendrée par des déplacements de population,
dans le cas d’un véritable conflit armé dans la
péninsule.
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| Journal du 07
Novembre 2005 |
Un projet
simple et
efficace
Neelangadu est
un petit village de pêcheurs situé sur l'île de
Karainagar, proche de Jaffna. Afin
d'étendre l'aide d'Action contre la Faim après
la distribution de matériel de pêche effectuée
suite au tsunami, un projet
d'« assainissement » a été mis en
place. Celui-ci vise à répondre aux besoins de
la population en eau et en assainissement.
Etant donné le besoin en latrines et
l'impossibilité d'avoir de l'eau à moins de 2 km
-culturellement, l'eau de mer n'est pas utilisée
pour des fins domestiques- les équipes d'Action
contre la Faim a en effet déjà construit 5
latrines ayant la particularité de ne pas
nécessiter d'eau, d'être sans odeur et de
produire du composte pour la vente ou la
fertilisation d'une petite parcelle potagère
tous les 6 mois. Lakshmi a 20 ans et est
venue se réinstaller à Neelangadu après la fin
de la guerre. Sa maison est située aux abords
d'un camp militaire installé pendant le conflit.
Avoir une latrine devant sa maison lui permet
d'espérer environ 35 euros tous les 6 mois de la
vente du composte et surtout de ne plus aller
dans la forêt et de craindre d'être surprise et
harcelée par des hommes en arme. Ce
projet simple mais efficace a depuis séduit de
nombreuses ONGs travaillant à la reconstruction
des habitations détruites par le tsunami sur la
côte de Jaffna.
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| Journal du 12
Juillet 2005 |
Rutama : récit d'une vie 5
fois brisée
Rutama, 57 ans, est née dans un petit village
au nord de Jaffna. Revendeuse de poissons
séchés, elle fait vivre ses 4 enfants et son
mari invalide. En 1990, la péninsule de Jaffna
est le théâtre de violents conflits entre le
LTTE, mouvement indépendantiste tamoul, et
l'armée gouvernementale sri lankaise. Lors du
bombardement de son village en 1991, la maison
de Rutama est totalement détruite.
L'armée gouvernementale contrôle cette
région, classée « Zone de Haute
Sécurité », et dont la population est
déplacée près de Jaffna. Rutama change de ville,
et de vie. Elle commence une nouvelle activité
professionnelle, tandis que deux de ses quatre
enfants décident de s'engager aux côtés du LTTE.
Rutama ne les reverra plus, ils seront tués tous
les deux au combat..
Profondément affectée, Rutama décide en 1995
de fuir le conflit qui s'étend, et de
s'installer avec sa famille à Killinochi dans le
sud de la péninsule, plus stable. Elle restera 7
ans dans un camp de déplacés et poursuivra son
activité économique qui lui assure de faibles
revenus. La situation politique se stabilisant
dans la péninsule, Rutama décide en 2002 de
repartir dans sa région natale. Les conditions
de vie y sont toujours difficiles, mais cette
femme reprend son activité, et loue une maison
au bord de la mer. Le tsunami de décembre 2004
viendra ruiner cet effort de réinstallation,
manquant d'emporter Rutama et son mari.
Aujourd'hui dans un camp de transit, elle est
aidée financièrement par le gouvernement sri
lankais, mais surtout par ses deux enfants
installés en Europe. C'est d'ailleurs pour eux
que Rutama garde le sourire, en dépit de la
perspective décourageante d'avoir à recommencer
sa vie pour la cinquième fois.
Pour Rutama comme pour beaucoup de Sri
Lankais, le tsunami n'a fait qu'aggraver une
situation déjà fragilisée par la guerre. C'est
pour pallier les besoins de ces populations
qu'Action contre la Faim démarre actuellement un
projet de développement de deux ans.
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| Journal du 03 Juin
2005 |
Un
difficile et complexe retour à la mer
Le tsunami a affecté les côtes
Nord et Est du district de Jaffna, où l'on
pratique essentiellement la pêche. Près de 3
000 bateaux devaient être distribués aux
groupements de pêcheurs par les ONG, ceci afin
de répondre à leurs besoins et relancer leur
activité. En fait seulement 10% de l'équipement
leur a effectivement été distribué pour le
moment, en raison notamment de difficultés
d'approvisionnement sur le marché local, les
constructeurs ayant été dépassé par l'ampleur de
la demande. Ainsi, jusqu'à ce jour, seuls
quelques pêcheurs ont pu reprendre la mer.
Rasalingan (sur la photo) en
fait partie. Bien qu'ayant perdu son bateau à
moteur, il a recommencé à pêcher, à bord de son
embarcation de bois traditionnelle, typique du
nord de Sri Lanka. En effet, celle-ci lui suffit
à reprendre une activité rémunératrice,
l'utilisation d'un bateau moderne ne s'étant pas
révélée rentable par le passé. C'est pourquoi il
n'a pas cherché, après la catastrophe, à se
faire recenser comme sinistré auprès des
groupements de pêcheurs.
Cette démarche est singulière,
le distinguant de nombreux autres pêcheurs qui
ne possédaient pas auparavant leur propre
embarcation, et ont cherché à bénéficier de
cette manne providentielle offerte par les ONG
aux victimes du tsunami. Ainsi Jaffna pourrait
avoir à absorber, d'ici quelques mois, près de
30% de bateaux supplémentaires dans sa flotte.
Le potentiel impact écologique et économique de
cette nouvelle donne est au cœur de la réflexion
qui anime Action contre la Faim, à l'heure de
définir sa nouvelle stratégie de post-urgence au
Sri Lanka. Nous prenons en compte ce surplus de
bateaux par exemple en renforçant notre action
sur la « filière pêche » dans son
ensemble : projets d'amélioration des
systèmes de séchage traditionnel, meilleur accès
aux marchés, formation sur la réparation de
filets etc.
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| Journal du 13 Mai
2005 |
Un nouvel enjeu
pour les ONG oeuvrant à Jaffna : cerner au mieux
les besoins à moyen et long terme des
populations touchées par la guerre ou le tsunami
en lançant un vaste programme d’enquêtes sur
toute la péninsule.
L’aide gouvernementale en nourriture et en
argent pour la vingtaine de camps de déplacés de
la côte nord de Jaffna est supposée s’arrêter
d’ici quelques semaines. De même, la plupart des
programmes d’urgence de la quinzaine d’ONG
présentes sur le district prend fin entre mai et
juin.
Pourtant, il est évident pour tous
que le retour de ces milliers de personnes
risque d’être encore incertain pour au moins 1
ou 2 ans, les conditions de leur relogement
restant en suspens pour des raisons politiques.
Afin de pallier aux éventuels besoins à venir,
les ONG planifient donc actuellement de nouveaux
programme ciblant les personnes touchées par le
tsunami sans oublier celles précédemment
affectées par les conflits armés.
C’est dans cette optique que depuis mon
arrivée, je travaille en collaboration avec
Kannan, un ingénieur indien en assainissement.
Pour avoir une vision claire de la situation,
nous formons ensemble une équipe de 6 jeunes
diplômés en agriculture de Jaffna au travail de
récolte d’informations sur 4 camps où travaille
Action contre la Faim.
La plupart des personnes interviewées sont
des pêcheurs qui ont perdu la quasi-totalité de
leur matériel de pêche et qui vivent désormais
dans des conditions précaires sans savoir s’ils
pourront à l’avenir reprendre leur activité où
s’ils devront opter pour une autre
activité. | |
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